Dix jours qui ébranlèrent le monde

À Petrograd, l'état de siège vient d'être proclamé. Dans les salles du palais
Marie, le Conseil de la République débat de la politique étrangère de la
Russie, engagée aux côtés des Alliés dans la Première Guerre mondiale.
Dehors, deux compagnies de junkers remontent la rue Morskaïa en
chantant un refrain datant de l'époque des tsars, et de petits groupes
s'efforcent de déchiffrer les innombrables proclamations collées sur la
moindre surface plane : Tsik, soviets paysans, partis socialistes
«modérés», comités d'armée...
Au cours des grandes journées d'octobre 1917, John Reed a parcouru en
toute liberté la «Capitale Rouge», recueilli les analyses des principaux
acteurs politiques, et écouté le peuple de Petrograd dans les cercles qui se
formaient, dès l'aube, sur les places publiques, à la porte des boulangeries,
à l'intérieur des casernes. De retour aux États-Unis, il rassembla dans ce
livre l'essentiel de ses observations et revécut, dans l'urgence, cette «aventure»
humaine dont il apparaît toujours, aujourd'hui, comme l'un des
témoins les plus proches.