Le sens du bien : Heidegger, interprète de Platon

La pensée heideggérienne de l'être recèle un paradoxe : elle est à la fois le lieu
de découvertes prodigieuses et de l'occultation d'une partie importante de l'être
de l'homme : la dimension éthique. Afin de comprendre ce phénomène, notre
recherche prend pour fil conducteur la manière restrictive dont Heidegger
interprète le bien de Platon, à travers tout son chemin de pensée. Ainsi, la
situation se révèle dans toute sa radicalité : en l'absence de l'horizon du bien ,
l'existence n'a aucune perspective de sens, autre que la temporalité (possibilités
d'être), pour comprendre le monde et se comprendre. Privée de critères de
sens et donc de choix, elle demeure confinée au souci et ne peut parvenir à se
réaliser de manière authentique : la voie s'avère aporétique. Même la pensée de
l' Ereignis , nonobstant ses fascinants tours de force, ne réussit pas à surmonter
les difficultés relevées, car l'être est toujours compris dans la perspective de la
temporalité.
La confrontation avec Heidegger fait apparaître que la transcendance du bien ,
présente au coeur de la pensée de Platon, permet de comprendre l'être en tant
que tel dans le sens du bien. Cette compréhension du bien , ouvre la perspective
de sens pour la vérité et la justice dans l'ouvert du monde. Il se constitue ainsi
l'horizon commun à tous de la responsabilité éthique et de la temporalité
horizontale pour l'édification d'un monde meilleur et l'accomplissement de
l'existence. L'analytique existentiale doit, alors, être repensée dans la
perspective du sens du bien comme l'horizon de l'être-au-monde :
l'existential le souci est associé à celui de l' amour.