Présence d'André Malraux, n° 7. Tentations de l'Orient, tentations de l'Occident : Malraux, Du Perron et leurs amis dans l'entre-deux-guerres

Eddy Du Perron (1899-1940), dédicataire de La condition humaine , dont
Malraux rappelait dans ses Antimémoires qu'il était «[s]on meilleur ami»,
était originaire des Indes néerlandaises - République indonésienne depuis
1945. Ils avaient des amis communs tels que Pascal Pia et Pedro Creixams ;
tous partageaient le goût du farfelu et de l'aventure, fascinés par les découvertes
artistiques, littéraires et humaines, dans ces années 20 où la liberté
ne se limitait pas à une idée mais était expérimentée sous toutes ses formes,
y compris libertaires. Durant cette décennie, les « tentations de l'Occident »
s'entendent comme une expérience essentiellement parisienne.
Les années 30 modifient radicalement les règles du jeu du fait de la
tension politique croissante. Du Perron habitait Paris et voyait Malraux
presque quotidiennement : les échanges d'idées étaient très vifs entre les
deux écrivains et leurs épouses. On en trouve des traces dans Le pays
d'origine , roman préfacé par Malraux en 1953. Les deux amis se rapprochent
encore grâce à leur engagement politique en Orient ; mais, en
1936, tandis que Malraux combat aux côtés des républicains espagnols,
Du Perron retourne aux Indes néerlandaises. Même s'ils ne se seront pas
revus, la mémoire de leur amitié subsiste grâce aux peuples qui luttent
pour la conquête de leur liberté : Sutan Syahrir, premier ministre de l'Indonésie
après l'Indépendance, et lui-même tenté par l'esprit de l'occident,
en sera la meilleure incarnation.
Ce dossier publie la plupart des contributions du colloque sur Malraux
et Du Perron, qui eut lieu à l'Université de Paris IV-Sorbonne en novembre
2005 avec la participation et le soutien des Amitiés Internationales André
Malraux, de l'Association franco-indonésienne «Pasar Malam», de l'Institut
néerlandais et de l'Université Paris IV-Sorbonne. D'autres articles viennent
compléter et enrichir ce dossier.