Le métro de Paris

Avec une profonde introspection psychologique, Yao Zhongbin nous
fait suivre à la trace, au sein de la communauté chinoise de Paris, les
petites joies et les grandes souffrances des émigrés chinois qui, à la
recherche de meilleures conditions de vie, sont souvent confrontés à la
solitude, au travail illégal, à la tromperie des profiteurs, bref, à la désillusion
et au désespoir, situation, en fait, des émigrants du monde entier.
Des passages extrêmement touchants jalonnent ces pages. Ainsi Ji
Guoqing ment-il à ses parents pour sauver la face. Il ne peut retourner au
pays quand sa mère meurt, ou est obligé de s'enfuir lors d'un accident
avant que l'ambulance ne l'emmène, parce que, comme il le dit au sujet
d'une autre clandestine : Si elle rentrait, tout ce qu'elle avait versé au
passeur, et tous ses efforts depuis le début auraient été vains.
L'auteur raconte la fuite du pays natal, l'entrée illégale en Europe,
l'emprisonnement qui s'ensuit, la découverte de Paris par les corridors de
son métro avec un réalisme tel qu'on croirait à un récit autobiographique.
Découverte de l'amour aussi : Karine est sortie de la salle de bains en
peignoir. Elle s'est assise à côté de moi. J'étais gêné et me suis déplacé
légèrement. Le parfum de son shampoing m'a allégé l'esprit et j'avais
même envie de me rapprocher d'elle et d'inspirer profondément.
Mais Ji Guoqing souffrira alors de l'inégalité des états de fortune,
connaitra la jalousie, et perdra confiance en lui-même avant de se relever.
Dans le cadre du XIII<sup>e</sup> arrondissement, on parcourra la gamme des
sentiments humains sous la plume d'un jeune auteur qui promet.
Ce roman est le premier de Yao Zhongbin publié en français.
Lisa Carducci