L'hôpital des bien-portants

À dix-huit ans, Baguette a l'âme en berne devant ce
qui l'attend : les études, le métier, l'honorabilité. Un
père ruiné et suicidaire évanoui dans Paris, une
mère volage... Il se rebelle. Il claque la porte, erre, découvre
l'univers des clochards.
Baguette, grâce à Prosper, un roi des gueux digne de
Victor Hugo, trouve gîte et couvert dans un bistrot, Le
Charbon Ardent, où il apprend à écouter avec tolérance une
clientèle hétéroclite. Ce «Bar-Restaurant du Coeur» est
tenu par la douce Ginette, nièce d'un bougnat qui lui a
légué sa philosophie :
« Nous bistroquets, médecins du coeur, tenons l'hôpital des
bien-portants ! »
Notre jeune héros, épris de poésie et du corps des femmes,
connaîtra enfin la « douceur intérieure qui vous donne envie
de rester la vie entière enfoui dans ce velours. »
L'auteur brosse une succession de brefs portraits de la
gent SDF : l'Errant, arpenteur du pavé parisien, le brouteur
de bouquets, La Fée... Jubilatoire !
Le père retrouvé, il faut aider Prosper à effacer la misère
et à nourrir tous les mendigots qui peuplent la France.
Urgente utopie !
C'est épatant ce que Jean-Pierre Demanget fait d'un
rêve humaniste qui pourrait facilement frôler la mièvrerie :
ici l'écriture est forte, tonique, on suit les personnages et on
les aime : Prosper le mystérieux, Ginette au grand coeur, les
jumeaux forts comme des Turcs et doux comme des agneaux
et Pax, chien de paix mais Casanova canin.
L'Hôpital des bien-portants réserve une fin époustouflante
et l'on referme le livre avec le bonheur d'avoir lu un roman
qui vous donne de la joie et vous éclaire, avec l'envie de
fréquenter les bars.
Léa Desmots