La philosophie inquiétée par la pensée chinoise

«Inquiéter» la philosophie, c'est distiller en elle un désarroi tel,
au fil des pages, qu'elle ne se retrouve plus dans ses questions ;
la débusquer là où elle se croyait tranquille pour la porter
à se réfléchir en amont.
Car, en concevant une efficacité qui ne procède pas
par modélisation ( Conférence sur l'efficacité ) ; une sagesse pour
qui avancer une idée est déjà verser dans la partialité ( Un sage est
sans idée ) ; ou bien une image qui soit moins mimétique
que vectrice d'énergie ( La grande image n'a pas de forme ) ;
un «mal» qui ne soit qu'obstruction du cours, du monde comme
de la vie ( Du mal/du négatif ) ; aussi bien qu'un «vivre» qui ne soit
plus suspendu au Bonheur ( Nourrir sa vie ) - la Chine rompt
insidieusement, par un biais ou par un autre, avec nos attendus.
Ou encore : en ne faisant pas du Nu l'idéal de la beauté
( Le Nu impossible ) ; en ne faisant pas du temps ce grand axe
dominant l'existence ( Du «temps» ).
Façon de repasser par les lieux les plus familiers de la pensée
européenne et, en faisant travailler l'écart chinois, de les brusquer
hors de la banalité ; et de voir soudain saillir, chemin faisant,
ce qu'on ne pensait pas à penser.