Le jeu tigré des apparences : poèmes et poésies

Tout vrai poète s'invente lui-même, avant de changer l'écriture.
Il se conjugue à la première et solitaire personne, comme Jean-Luc
Steinmetz :
«Rien n'est plus malaisé qu'atteindre
la première personne qui sort de nos lèvres.»
Et pourtant, il tourne dans ses lueurs, s'envole, remet pied
à terre - par exemple en Haïti, au Japon -, s'élance de nouveau,
plus loin :
«S'élancer.
C'est cela.
La flèche si souvent nommée par Dante.»
Savant, Steinmetz se libère de lui-même par les mots issus de
la tribu qui, par leur anamorphose, l'aèrent dans l'univers. Mais :
«Les hommes ignorent l'écrit auprès d'eux se poursuivant.»
De cette poursuite méconnue, Jean-Luc Steinmetz a fait une
odyssée intime, où je reconnais une exception à l'ordre littéraire
contemporain - singulier hapax de la part d'un tout autre
Mallarmé, à l'époque où les poètes revivent à l'écart, comme lui,
«le temps des Assassins».
Alain Jouffroy