Savoir, agir, n° 4. La crise financière, crise de système, crise de croyance ?

Alors que la réforme de l'assurance maladie de 2004 ambitionnait
d'être, selon son promoteur - Philippe Douste-Blazy - la dernière
du genre en comblant une fois pour toutes le trop fameux «trou de
la Sécu», une énième «modernisation» du système de santé est
annoncée pour l'automne, au moment où s'impose comme impératif
catégorique de l'action gouvernementale la réduction des déficits et de
la dette publics. À défaut d'avoir ramené ces derniers dans les clous
du Pacte de stabilité, le président de la République et son état-major
veulent ainsi démontrer aux «partenaires» européens, à la veille de la
présidence française de l'Union, leur détermination à mener à bien les
réformes de la protection sociale que réclame et vante la Commission
depuis maintenant près de quinze ans. Les rapports officiels se multiplient
- sur l'hôpital, sur les futures Agences régionales de santé,
etc. - au même rythme que les déclarations fracassantes destinées à
prendre le pouls de l'opinion sur telle ou telle mesure de déremboursement
(dernier exemple en date, le déremboursement de l'optique et des
soins dentaires). Si les tergiversations sur le détail de la réforme à venir
sont nombreuses, sa logique ne fait, elle, aucun doute : la réduction
des déficits publics pousse à transférer au marché des complémentaires
santé un nombre toujours plus grand de dépenses jusqu'alors prises en
charge par l'assurance maladie publique, au nom de la soi-disant «responsabilisation»
(financière) des assurés sociaux. Il s'agit, en effet, du
dernier levier à actionner lorsque l'on a écarté d'emblée l'accroissement
du financement public et la réorganisation de l'offre de soins, de peur
de heurter les intérêts économiques de la profession médicale et des
industries de santé. C'est donc l'assuré social qui paiera de sa poche.
Une nouvelle fois. Mobilisant des chercheurs reconnus pour leurs
travaux en sociologie et économie de la santé, ce dossier de la revue
Savoir/Agir vise trois objectifs : replacer le cas français dans le cadre
de l'épidémie de réformes qui touche tous les systèmes de santé européens
depuis les années 1990 ; faire le bilan de l'empilement des outils
et institutions destinés à «réguler» les dépenses de santé en France
depuis vingt ans ; défricher d'autres pistes de réforme, qui feraient en
sorte que «modernisation» rime avec progrès et non avec régression
de la solidarité face à la maladie.