Rienne

Sorte de journal poétique né de l'installation utopique de la
plasticienne Suzana Fântanâriou, Rienne lui fait étroitement écho
sans la commenter ni en dépendre. À l'instar du travail plastique,
l'écriture explore une mémoire éclatée dans un tissu-texte qui se
donne à lire à la fois dans la continuité et l'émiettement. Bribes,
reliques, fragments dérisoires éparpillés dans le labyrinthe de la
mémoire et que le poème rassemble comme le travail plastique
collecte les menus objets épars dans la rue quand «Les mots les
plus intelligents se taisent,/les choses les plus importantes sont
si petites». «Les noms des choses inconnues attendent d'être
dits» et seule la parole poétique semble pouvoir donner accès à
elles et à la mémoire déchirée de nous-mêmes.
Dans une écriture à vif, qui joue de l'aphorisme comme de
l'invention verbale, Rodica Draghincescu, figure de la poésie
contemporaine franco-roumaine, fait entendre la brisure
intérieure et poursuit une quête méditative dans la forêt
éparpillée des signes, «vidant ce qu'on est vraiment, seulement
l'ombre crée / Le bac à sable de la pensée.»