Du sensible au sensé

On se propose de prolonger par ce livre les premières analyses
présentées en 2013 dans Métaphonies. Essai sur la rumeur
(éditions Conférence). Le discrédit attaché aux phénomènes des
rumeurs n'est intelligible que relié aux prises de la perception,
autant dire au pli le plus grec de la pensée : au privilège
inconditionnel donné au vu, et à l'optique, au détriment non
moins massif de l'entendu, de l'ouï et de l'acoustique. Le logos
hésite encore entre ses deux destins.
Or, qu'advient-il au philosophe qui se risque au pari inverse ?
S'il fait retour sur ce préjugé constitutif ; s'il recherche, dans
les époques de la pensée, les traces d'un autre effort, le désir
d'écouter avec un discernement égal à celui de toutes nos autres
antennes, la puissance de l'ouïe se nouant mieux à la puissance
débordante du visible au lieu de la marginaliser ou de la dénier ?
À un tel philosophe s'ouvre et se confirme la voie déjà
frayée par la rythmanalyse de Gaston Bachelard. La cause de
la philosophie - cosa musicale - vient des rythmes du monde
sensible qui respire en nous où ils trouvent leur unité.