Les sept colonnes de l'héroïsme

- Je profite de mon immobilisation pour écrire, dit
Jacques d'Arnoux à ses amis.
Et il tient parole, composant alors comme un cantique à
sept voix Les sept colonnes de l'Héroïsme : le livre même
que je voudrais confier aux adolescents des deux sexes, ainsi
qu'aux jeunes gens et aux jeunes filles déjà plus âgés, pour
qu'ils y trouvent leur miel et leur bien. Mais que dis-je ? Les
sept colonnes de l'Héroïsme sont à mettre entre toutes les
mains, et je trouve dans cet ouvrage assez de force explosive
et radieuse pour soulever au-dessus d'eux-mêmes les adultes
les plus aplatis.
Les sept colonnes dont il est question sont, selon l'ordre
de Jacques d'Arnoux : l'Intelligence, l'Enthousiasme, la
Mémoire, la Volonté, le Sacrifice et l'Ire, et enfin la Grâce.
Tout cela serait à analyser de fort près, dans un monde
grégaire où tant de forces subversives cherchent à effacer
l'autonomie de l'individu et l'énergie personnelle, l'esprit de
sacrifice et la spiritualité. Au centre même du livre, dans un
chapitre intitulé «Mes Titans» - après avoir fait l'éloge des
souffles les plus puissants qui, selon le mot de
Châteaubriand, aient jamais animé l'argile humaine - l'auteur
oppose à ces héros guerriers les vrais héros de la
volonté, qui sont des saints. «Aucun de tes Titans, dit-il en
s'adressant à son interlocuteur invisible, n'aurait supporté
huit jours l'existence du Curé d'Ars. Et cet athlète a «tenu»
quarante années, confessant seize à dix-huit heures par jour,
l'hiver jusqu'à s'évanouir de froid, l'été haletant, suffoquant
dans cette «étuve» qui lui donnait une «idée de l'enfer» et
l'obligeait à respirer du vinaigre, une compresse appuyée sur
son front douloureux». En leitmotiv, voici que d'un chapitre
à l'autre, d'un livre à l'autre, toujours la foi de Jacques
d'Arnoux revient, brillant au-dessus des pages et le guidant
comme l'étoile du berger.
Michel de Saint-Pierre (extrait de la préface du livre de
J. d'Arnoux « Les Soifs de l'Homme ».)