Mémoires du colonel Combe : 1793-1832

«La boîte à mitraille, qui tombait et éclatait à
deux pas de mes pelotons, faisait pleuvoir sur
nous une grêle de fer et de plomb, comme si on nous
eût jeté, à un pas de distance, une poignée de petites
pierres. Les hommes et les chevaux tombaient autour
de moi... Je me contentai de fermer un instant les
yeux pour n'être point aveuglé par le sable que faisait
jaillir cette nuée de projectiles, étonné de ne point
sentir de blessures, mais résigné à une mort
inévitable. Je reçus quatre coups de canon dans cette
terrible position, sans bouger, le sabre à l'épaule et ne
pouvant manoeuvrer pour les éviter sans démasquer le
front de nos régiments ; enfin, je me trouvais dans
une de ces circonstances de guerre où il faut savoir
faire à son devoir le sacrifice de sa vie.» Tel est le
témoignage du jeune officier de cavalerie, Julien
Combe, engagé avec son escadron dans la terrible
campagne de 1812, où les exploits militaires et les
souffrances dépassèrent ce qu'il est permis d'imaginer.
Survivant de la Berezina, Combe continue de servir en
1813 avec zèle et dignité. Sa fougue, la paix revenue,
l'entraînera dans l'un des complots qui se multiplieront
au nom de Napoléon I<sup>er</sup>. Ce sont de tels
hommes qui ont formé le véritable dernier carré de
l'Empereur !