Puisqu'il faut bien mourir : histoires de vie, histoires de mort : itinéraire d'une réflexion

La contrepartie des progrès de la médecine est que souvent la
mort ne vient plus toute seule. Dans bien des cas, il faut désormais
décider qu'elle survienne et faire quelque chose si l'on veut
qu'effectivement elle arrive. Si la médecine a changé nos vies, elle a donc
également transformé nos morts. Tout comme elle participe à brouiller
chaque jour un peu plus les frontières entre ce qui est encore une vie
et ce qui peut-être n'en est plus tout à fait une. Si bien que, parfois,
les patients - ou leurs familles pour eux - en viennent à réclamer la
mort, lorsque celle-ci se fait vraiment trop attendre. C'est alors que
des conflits peuvent naître entre ceux qui supplient pour que l'on
aide à ce que cette fin puisse enfin advenir, et ceux qui à l'inverse ne
veulent surtout pas aller dans cette voie.
C'est dans cet espace que s'inscrit le travail du Centre d'éthique
clinique de l'hôpital Cochin, que dirige Véronique Fournier. Dans ce livre,
elle raconte quelques-unes des histoires qu'elle a accompagnées depuis
dix ans : comment s'expriment ces demandes, qui les porte, comment
y réagissent les équipes soignantes, et quels débats elles suscitent au
sein du groupe citoyen d'éthique clinique qui travaille à ses côtés.
Peu à peu, ces histoires ont fait évoluer sa position sur cette difficile
question : faut-il et jusqu'où peut-on aider à mourir ? C'est cette
évolution qu'elle relate ici, de ses réticences premières à sa conviction
de plus en plus nette que les médecins ne peuvent pas refuser d'aider
à mourir ceux qui sont à l'extrémité des possibilités de la médecine
et qui n'en peuvent plus. En espérant qu'expliquer pas à pas le chemin
parcouru pourra, peut-être, aider d'autres à s'y risquer à leur tour.