Mouvement social (Le), n° 237. Cimetières et politique

Pourquoi les morts restent-ils, durablement
parfois, des acteurs de la vie politique ? Selon
quelles règles et quelles formes les lieux de culte
que deviennent leurs tombeaux - et les rites
qui s'y déploient - suscitent-ils des pratiques militantes ? Ce numéro se
veut une contribution à l'étude de la mort comme affaire publique.
Les trois premiers articles reconstituent diverses modalités de politisation
de l'espace du cimetière. À partir du milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, les pouvoirs
publics organisent progressivement des «carrés» et cimetières pour
les musulmans enterrés en France. La comparaison de la France et de
l'Angleterre éclaire les effets de la différenciation des cadres religieux et
administratifs entre les deux pays. Plus près de nous, les recompositions
partisanes au Liban Sud se reflètent dans l'évolution des pratiques d'inhumation
des «martyrs».
Un deuxième ensemble d'articles revient sur les appropriations et
constructions partisanes au sein des cimetières. Au Père-Lachaise, à
Highgate (Londres) ou à Waldheim (Chicago), l'agglomération de
tombes de militants ouvriers, souvent libres penseurs, autour des premiers
«morts pour la cause» atteste l'essor d'une transcendance nouvelle. Le
cas du cimetière de Friedrichsfelde à Berlin, où sont enterrés Wilhelm et
Karl Liebknecht ainsi que Rosa Luxemburg, permet d'observer comment
se construit un «cimetière socialiste», dans la pierre et par les pratiques
commémoratives, en particulier celles qui honorent les spartakistes
depuis 1919.
L'accent est mis enfin sur les cimetières militaires. Ceux de la Grande
Guerre révèlent, à une échelle sans précédent, la diversité des politiques
étatiques concernant les corps aussi bien que la mémoire des combattants.
Le cas des soldats argentins tombés pendant le conflit des Malouines et
enterrés en terre britannique confirme que les morts à la guerre restent
des vivants dans la politique nationale.