Le dire de l'hospitalité

Toute invitation est un code, liée à un système discursif.
Aussi le langage de l'hospitalité est-il ici objet d'analyses. Non
seulement il s'agit d'un langage ambigu, inscrit dès le départ
sous le signe de l'ambivalence (ainsi qu'en témoigne le double
sens du mot «hôte»), mais la question se pose de la langue
dans laquelle l'étranger s'adresse et celle dans laquelle nous le
recevons. L'invitation, l'accueil, l'asile, l'hébergement passent
par l'adresse à l'autre. C'est cette parole, entre le dit et le non-dit,
l'implicite et l'explicite des discours codés, une parole non
encore figée ou réifiée, une parole en tension vers l'autre,
parole de l'entre-deux qui est ici éclairée à travers les témoignages
et de nombreux textes littéraires, ceux d'Hélène
Cixous, Proust, Camus, Gide, V.-Y. Mudimbe, Wajdi
Mouawad, Thomas Bernhard, Hervé Guibert, Barbey
d'Aurevilly, Vercors, Jabès, France Daigle, Khatibi, mais également
des textes philosophiques, ceux de Derrida et Levinas en
particulier, sans oublier le cinéma québécois, car l'une des
originalités de ce volume est de donner la parole à ce pays, le
Québec, où les notions d'interculturel, de cosmopolitisme,
d'hospitalité et d'espace civique à reconfigurer sont d'une
grande actualité. La métropole de Montréal, plus que d'autres,
place l'hospitalité au croisement de plusieurs questionnements
postmodernes sur l'identitaire, l'appartenance, la mémoire, le
déracinement, les passages et migrations, l'interaction culturelle
et la pratique de l'écriture. Ce sont les modalités d'expression
et les multiples configurations de la parole hospitalière,
ces diverses formes du dire de l'hospitalité , que ce volume met
en jeu et en question.