Le roi mystère : entretiens avec Françoise Estèbe et Jean Couturier

Albert Cohen, à la fin de sa vie, reçoit pour France Culture,
dans son appartement de Genève, Françoise Estèhe et Jean
Couturier.
Sa faconde mais aussi son prodigieux talent de conteur
transforment ces entretiens en une saga prophétique ; il ne
respecte rien, ni les fonctionnaires de l'ONU, ni les «singes
savants» qui détruiront la planète, ni les philosophes - ces
tisseurs de toiles d'araignées -, ni Dieu.
Prophétique, oui, mais aussi rieur et joyeux, il conte, il
se fâche. Il lit des poèmes de l'ami de son enfance, Marcel
Pagnol, il dit l'immense amour de sa mère.
Drôle, tendre et terrible, il séduit.
«Quand je travaillais aux Nations unies, je voyais tous ces
singes présomptueux et serviles, qui veulent grimper les
échelons entre deux cabrioles sexuelles et qui jusqu'au
moment de mourir ne se doutent pas qu'ils mourront.
Pitié pour les petits gorilles vêtus, pleins de canines à peine
poussées, dans ce monde de nature où il faut dévorer pour
n'être pas dévoré, ou tout au moins s'arranger avec les dévoreurs,
être de leur bande et devant les puissants se mettre vite
en femelle posture. Je voudrais tellement bourrer les hommes
de leur mort ! Ils changeraient s'ils savaient ! Ces gens de
la Société des Nations, je les trouvais tellement drôles, nus et
recouverts d'étoffe, qui partaient comme s'ils n'étaient pas
nus sous leurs habits et sous leurs décorations.»