Topos : les premières méthodes d'argumentation dans la rhétorique grecque des Ve-IVe siècles

Du premier siècle d'histoire de la rhétorique, auquel
sont attachés les noms de Corax-Tisias, Théodore,
Thrasymaque, Gorgias, Isocrate ou Callippe, il ne
nous reste que fort peu. En raison de la brièveté et
du caractère parfois polémique des témoignages,
on a souvent réduit les premières approches
de l' invention rhétorique à des collections de lieux
communs, c'est-à-dire d'arguments modèles relevant d'un
genre ou d'un contexte particuliers. Par contraste, le topos de
la Rhétorique d'Aristote se présenterait comme une innovation
radicale, promettant, sur le modèle de la dialectique, une
méthode générale d'invention et de garantie des arguments.
Un tel tableau, cependant, semble devoir être remis en question
dès lors que l'on envisage le projet d'Aristote dans toute sa
complexité. Sous sa forme de topique, recoupant largement un
traité contemporain, la Rhétorique à Alexandre , le topos invite tout
d'abord à une réévaluation de l'apport des traditions technique
et sophistique en matière d'invention ; dans ses tensions avec le
modèle dialectique, il témoigne d'un souci d'adaptation en
profondeur aux conditions de la persuasion rhétorique ; enfin,
des références permanentes à la pratique oratoire et au théâtre
viennent enrichir la notion. Le topos d'Aristote ressort ainsi
comme le résultat d'une approche certes originale et novatrice,
mais pleinement inscrite dans l'histoire littéraire et intellectuelle
de la Grèce classique.