Chez les nomades de Mongolie

«Les bêlements horribles des chèvres tout contre la yourte, tout
contre mon oreille, m'empêchent de dormir, puis me réveillent tout à
fait. Je sors du lit déjà toute habillée, je remercie, je selle mon cheval
et je repars.
«Je me nourris de ces grands espaces, je repousse sans cesse les
limites de l'horizon dentelé. Je franchis monts et vallées. Les yourtes
sont de plus en plus éloignées les unes des autres. Temps et espaces
élastiques. Aperçois un troupeau de chèvres et de moutons. Il semble
n'appartenir à personne. Je prends plaisir à le scinder en deux, à ouvrir
un couloir, à créer une perspective fuyante, une focalisation à l'infini
dans la steppe mouvante. Vraiment, vers quoi est-ce que je me dirige ?
Où est la frontière ? Où sont les limites ? Sur ma main gauche, j'ai
écrit : Que penses-tu ? Qu'en penses-tu ? C'est vain, je n'arrive pas à
provoquer ma pensée. Elle ne s'accroche à rien, si ce n'est à cette
couleur verte qu'il y a partout. Je bégaye intérieurement, je vis dans un
monde confus. C'est la première fois que je ressens ce vide si fort qui
élève l'âme vers l'infinité des choses.»