Comment peut-on être païen ? : un recours aux racines, une spiritualité pour notre temps

« Entre le paganisme et le christianisme, quelles sont au fond les
différences essentielles ? De nombreux historiens avaient avant moi
retracé l'histoire de l'affrontement entre les systèmes religieux de
l'Europe ancienne et la religion nouvelle qui, surtout à partir du IV<sup>e</sup>
siècle, s'est peu à peu imposée sur le continent européen. De cet
affrontement, quelles étaient véritablement les causes ? Sur quels
points précis s'opposaient les façons de croire, les théologies, les
conceptions du monde ? Les chrétiens, quant à eux, ont au fil des
siècles adopté vis-à-vis du paganisme des attitudes assez contrastées.
Après s'être attaquée frontalement au paganisme, qualifié
d'"idolâtrie" diabolique, l'Église a réalisé qu'elle parviendrait
mieux à ses fins en recourant à plus de souplesse. C'est alors que
les évêques et les prêtres, suivant les instructions des papes, se
sont employés à "récupérer" des lieux de culte traditionnels en leur
affectant une destination nouvelle, à attribuer à des saints légendaires
des attributs ou des hauts faits qu'on attribuait auparavant
à des héros ou à des dieux, à donner aux pèlerinages qui se pratiquaient
depuis la nuit des nuits une signification conforme à l'espérance
de salut, à greffer sur l'ancien calendrier liturgique des commémorations
ou des solennités d'un genre nouveau. Aujourd'hui
encore, l'attitude des chrétiens reste ambivalente. D'un côté, le
paganisme est à l'occasion toujours décrié et honni. De l'autre, il
ne manque pas de bons esprits pour assurer que le christianisme a
repris à son compte, et finalement mieux exprimé que lui, "ce qu'il
y avait de meilleur" dans le paganisme. Cette idée que le christianisme
européen est peu à peu devenu un "pagano-christianisme"
n'est pas entièrement fausse, à condition de bien distinguer la
théologie des pratiques populaires, mais elle n'est pas sans contribuer
à entretenir l'équivoque. C'est pour dissiper cette équivoque
que Comment peut-on être païen ? a été écrit ».