L'émergence de la citoyenneté sociale européenne

À l'instar de la citoyenneté politique, la citoyenneté sociale contribue à assurer
la participation du citoyen à la vie de la communauté à laquelle il appartient.
Mais la citoyenneté sociale se distingue de la citoyenneté politique tant par la
nature des droits qu'elle confère, que par son détachement de la nationalité ; elle
rompt les liens historiques établis entre citoyenneté et droits politiques d'une
part, et entre citoyenneté et nationalité d'autre part. Née dans le cadre national,
la notion de citoyenneté a été transposée en 1992 à l'échelle européenne.
Calquée sur la notion traditionnelle de citoyenneté, la citoyenneté européenne
s'inscrit dans une dimension essentiellement politique et est étroitement reliée
à la nationalité. Mais la citoyenneté sociale européenne émerge en amont de
l'instauration de la citoyenneté de l'Union ; un statut social communautaire,
nourri tant par le principe de non-discrimination fondée sur la nationalité que
par la liberté de circulation, se construit autour du travailleur. Puis, adossée à la
citoyenneté de l'Union, la citoyenneté sociale se redéploie ; elle tend ainsi à instaurer
un nouvel espace de solidarité entre les citoyens de l'Union. Mais tant les
traces laissées par la finalité économique de la Communauté européenne, que le
lien établi entre la nationalité d'un État membre et la citoyenneté de l'Union enrayent
la reconnaissance de la citoyenneté sociale européenne. L'émergence de
la solidarité au rang des valeurs fondatrices de l'Union est pleine de promesses
; cette exigence de solidarité porte en elle les germes de la citoyenneté sociale
européenne, déconnectée de toute logique économique et nationale.