Hindiyya, mystique et criminelle (1720-1798)

Si La Religieuse de Diderot avait eu pour cadre le
Liban, l'héroïne en aurait été Hindiyya. Née à Alep
en 1720, cette chrétienne maronite manifeste très tôt
les signes d'une vocation exceptionnelle : visions et
miracles suscitent l'émoi de ses proches et de ses
confesseurs, qui l'incitent à entrer dans une communauté
religieuse. Hindiyya oppose à ce projet une
conviction inébranlable. Elle se sent appelée à fonder
son propre ordre, voué au Sacré-Coeur de
Jésus, et y parvient en 1750, lorsqu'elle
devient la supérieure du couvent de Bkerké,
dans la montagne libanaise.
Alors que les théologiens romains condamnent
la «sainteté» de Hindiyya, un véritable culte
se développe autour d'elle. Mais, à l'extérieur
du couvent, rien ou presque ne filtre des incidents
étranges qui s'y produisent : rumeurs
d'empoisonnement et accusations de sorcellerie
se multiplient... Un véritable théâtre de
l'horreur s'orchestre autour de Hindiyya, qui culmine,
en 1777, avec le meurtre d'une religieuse longuement
torturée. Un envoyé du Vatican découvre les faits et
mène l'enquête. Après plusieurs rebondissements,
l'ordre du Sacré-Coeur est aboli et Hindiyya exilée ;
elle meurt, captive, vingt ans plus tard.
Ce livre rouvre enfin «l'affaire Hindiyya», refoulée par
la mémoire collective depuis deux siècles. Tout en écrivant
un chapitre inédit de l'histoire du Liban, il offre un
éclairage inattendu sur le catholicisme du XVIII<sup>e</sup> siècle.