Les rives blanches

«Philippe savait pertinemment que
les terres du vieil Hector Portanier
ne valaient rien. Situées dans une
combe humide, elles avaient été
plantées à l'époque où, à la suite de la
crise du phylloxéra, la moindre parcelle de garrigue avait
subi les assauts de la vigne renaissante. Le sol était composé
de strates de calcaire dur en surface et d'argile à faible
profondeur, rendant le drainage difficile. Or, sauf à défoncer
les cinquante premiers centimètres à la charrue, rien ne
laissait soupçonner le problème. Jamais les vignes du vieux
Portanier n'avaient atteint ne serait-ce que les plus faibles
rendements de toute la région. De plus, le vin qu'il en tirait
était de mauvaise qualité.
Philippe se garda de dévoiler ces détails à Maxime. Au
contraire, en son for intérieur, il se dit qu'en poussant son
visiteur à acheter les vignes d'Hector, il se débarrassait d'un
éventuel concurrent aux idées trop arrêtées.»
L'Algérie à peine indépendante, les Pérez, comme un million
de pieds-noirs, embarquent pour une France hostile.
L'installation de cette famille de vignerons «rapatriés» au
pied des Cévennes, est insupportable aux Chaptal qui règnent
sur le domaine viticole voisin depuis des générations. C'est
dans ce climat de tensions, attisé par un crime imbécile, que
se déploie le destin de deux clans.