Les ruses de la démocratie : protester en Chine

Une forme spécifique de revendication démocratique serait-elle
à l'oeuvre en Chine ? La «protestation», en se généralisant,
y amorcerait-elle un processus aux conséquences imprévisibles ? Telles
sont les questions que soulèvent les auteurs de cette saisissante étude.
Elle porte sur une réalité largement méconnue. Depuis 1951 existe
là-bas un dispositif intitulé «administration des Lettres et visites».
Créé par Mao Zedong, il était destiné à recevoir les plaintes,
protestations et doléances des particuliers. Cet ouvrage raconte
comment cette administration, souvent instrumentalisée idéologiquement,
n'a cessé de s'étendre et de se codifier. Mais aussi et
surtout comment elle a autorisé un espace de parole qui est devenu
le lieu d'une contestation du réel massive et inattendue.
L'immense collection de doléances ainsi recueillie - tant par voie
écrite (les lettres) qu'orale (les visites) -, qui raconte en creux l'histoire
de la Chine moderne, n'avait jamais été examinée. Les auteurs ont pu
avoir accès à des centaines de ces lettres et enquêter sur la pratique
(très réglementée) des visites, jusqu'alors inconnue du dehors, pour
essayer de comprendre qui s'exprime au sein de cet espace ; auprès de
qui ; pour dire quoi ; et comment.
Le résultat de leur travail est inédit. Il montre comment ceux qui,
depuis des décennies, adressent lettres et visites aux autorités font état
d'attentes morales et politiques souvent ignorées mais qui relèvent
bien d'un processus d'invention démocratique.