Bossuet : entre Dieu et le soleil

Jacques-Bénigne Bossuet, mort en 1704, a incarné mieux que
personne l'esprit du Grand Siècle, avec son éclat, sa vigueur et
sa part d'ombre. Les 17 000 pages de ses oeuvres traversent tous
les débats politiques, intellectuels et religieux du XVII<sup>e</sup> siècle. Ce
roturier, fils de magistrat bourguignon, a fréquenté tous les
grands personnages de son temps. Il a sermonné Louis XIV,
éduqué le Dauphin, confessé bien des grandes et jolies dames,
été l'oracle de l'Eglise de France, et porté l'art oratoire à un
niveau sublime. Acteur essentiel et témoin clairvoyant d'un siècle
dont il a su voir la grandeur et les misères, il nous parle aussi
bien des courants spirituels que des maîtresses royales, du pouvoir
politique que de la direction de conscience. Et qui ne connaît,
de Bossuet, au moins ce cri inoubliable : «Madame se meurt,
Madame est morte !»
Partisan, contre les protestants, de la persuasion plutôt que de
la persécution, même s'il s'enchante de la révocation de l'Edit
de Nantes, il se montre impitoyable contre les concurrents
directs comme Fénelon et le quiétisme de Mme Guyon.
Evêque exemplaire, l'Aigle de Meaux cache derrière une façade
autoritaire des interrogations sur les rapports entre foi et raison.
Très discret sur lui-même, il fut un profond connaisseur de
l'âme humaine. Personnalité éminente, représentative et
complexe, prodigieux communicateur et prélat infatigable,
Bossuet fut à la mesure de son époque, c'est-à-dire immense.