L'unité et la civilisation de la France : aux racines de l'exception française

La formation de l'unité française, dès le XIII<sup>e</sup> siècle, à un moment où aucun
autre pays d'Occident n'est aussi avancé, due aux institutions (la royauté
sacrée) mais aussi aux hommes (Simon de Montfort, Philippe Auguste, Saint-Louis)
et au hasard des événements (Muret 1213 ; Bouvines 1214) est un fait
essentiel : elle a permis la précocité de la civilisation française dont la maturité,
la solidité, la cohérence ont servi à sa diffusion en soutenant son caractère
universel. Cette universalité a été portée à son plus haut niveau lorsque le jour
de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790) le mystère de la nation solidaire de
citoyens égaux a été substitué au mystère royal célébré à Reims.
En mettant en perspective la continuité de l'unité royale à l'unité nationale et en
arrachant aux polémiques le thème des «quarante rois qui ont fait la France»,
la lecture des leçons que donna Yves Renouard à ses étudiants étrangers sur
l'unité française (Florence, 1936) et les caractères généraux de la civilisation
française (Pau, 1948) permet à chacun, avec le recul d'un demi-siècle, à partir
des observations synthétiques, vivantes et d'une admirable clarté de l'un des
plus grands historiens du XX<sup>e</sup> siècle, de nourrir sa réflexion sur la situation
actuelle de la France au regard des éléments qui la définissaient et faisaient, en
définitive, son originalité et sa grandeur depuis sept siècles.