Construction sociale et stigmatisation de la femme noire : imaginaires coloniaux et sélection matrimoniale

Explorateurs, administrateurs coloniaux, médecins,
voyageurs, romanciers, partagent et véhiculent depuis le XVI<sup>e</sup>
siècle, de nombreux stéréotypes relatifs à la «femme d'Afrique
noire». Mêlées de désir et de crainte, de fascinations et de
répulsions, leurs représentations fantasmatiques sont centrées sur
la sexualité torrentielle de la «Négresse».
Elles sont indissociables des rapports politiques et de genre.
Sexisme et racisme sont en effet historiquement liés car l'hostilité
entre «Noirs» et «Blancs» repose en partie sur la relation
souvent forcée d'une esclave soumise sexuellement à un maître et
privée de toute reconnaissance liée au mariage.
Qu'en est-il de cet héritage colonial ? A quelles conditions un
«homme blanc» peut-il accepter aujourd'hui en France de se
marier avec une «femme de couleur» ou de reconnaître l'enfant
«métissé» issu de cette union ? Yann Le Bihan propose ici de
comprendre, dans le cadre de la préservation d'une identité
sociale, «raciale» et masculine, pourquoi un homme s'oriente
vers une femme «noire», «métisse» ou «blanche». Son
enquête qui porte sur 872 lettres d'hommes français ayant
répondu à des petites annonces matrimoniales, met en évidence
une modification récente des attitudes à l'égard du «métissage».
Mais c'est plus largement à une explication de la permanence
des stéréotypes que ce livre invite. Leur complexité s'inscrit au
coeur du paradoxe constitutif de l'exotisme qui revendique
aujourd'hui l'éloge de la différence dans la méconnaissance de
l'Autre.