Franziska Linkerhand

Bien qu'elle soit demeurée quasiment
inconnue en dehors de la RDA puis de
l'Allemagne réunifiée, Franziska Linkerhand ,
l'oeuvre majeure de Brigitte Reimann,
témoigne, au même titre que les écrits de
Christa Wolf, de l'effervescence créatrice de
la littérature d'après-guerre, une littérature
à la recherche de l'organisation moderne
du récit. Proposer un résumé de ce roman,
c'est se risquer à trahir la complexité des
strates temporelles qui le constituent, à trahir
le nombre et la richesse des personnages
qui s'y croisent et surtout la complexité de
l'héroïne éponyme : Franziska Linkerhand,
à la fois narratrice et personnage, et figure
autobiographique de l'auteur. Écrit entre
1963 et 1973, Franziska Linkerhand est le
récit de la vie d'une femme. Une enfance qui
finit avec la défaite de l'Allemagne nazie. Des
études d'architecture qui coïncident avec les
premières années de la RDA. Un mariage raté
avec un ouvrier. La dislocation progressive de
la famille bourgeoise et cultivée dont elle est
issue. Franziska part. Elle choisit de participer
à l'édification du socialisme en mettant son
talent au service de la construction d'une
ville nouvelle au milieu de nulle part :
Neustadt. Une tâche dont la difficulté est
révélée sans fard : inadéquation entre les
idéaux et les moyens, règne sans partage de
la rationalité industrielle et de la rentabilité,
persistance des rapports de classe, résistances
à l'émancipation réelle des femmes...
Franziska lutte contre et au côté de son chef
Schafheutlin qui, de prime abord, paraît borné
et soupçonneux. Franziska se heurte aussi à
un autre homme, un mystérieux T, qu'elle a
entrevu un soir. Il l'attire, elle le cherche, le
trouve, il se dérobe à elle. Toute l'histoire, son
histoire, Franziska l'adresse à T., si bien que le
roman entier peut être lu comme une longue
lettre à Ben, Benjamin Trojanowicz...