Corneille et la Fronde : théâtre et politique

Corneille et la Fronde : théâtre et politique

Corneille et la Fronde : théâtre et politique
Éditeur: Eurédit
2009182 pagesISBN 9782848301181
Format: BrochéLangue : Français

Gustave Lanson affirmait que «l'histoire est un cours de politique

expérimentale». Plus précisément il n'hésitait pas à proclamer

que le théâtre de Corneille est à peu près à la France du XVII<sup>e</sup> siècle ce

que Le Rouge et le Noir et La Comédie humaine sont à la France du

XIX<sup>e</sup> siècle. Ainsi donc on peut décrocher les masques antiques, ou n'y

voir que des ornements qui apportent un peu de pompe et de poésie à ce

théâtre. Il ne faut d'abord y chercher que des épisodes ou des problèmes

de la politique du XVII<sup>e</sup> siècle.

C'est l'optique que Georges Couton a adoptée dans son Corneille et

la Fronde. Il y analyse Don Sanche, Nicomède et Pertharite. Trois tragédies

qu'il juge «allégoriques», qu'on ne peut comprendre à son avis qu'en

recourant à des clefs politiques. Don Sanche invite les spectateurs à songer

à l'étroite union, au possible mariage secret, de la reine Anne et de Mazarin.

Nicomède est une apologie de Monsieur le Prince ; Métrobate et Zénon,

les deux agents doubles (ou provocateurs) stipendiés par Arsinoé pour

ramener Nicomède à la Cour, évoquent le faux attentat dont Guy Joly se

prétendit victime au fort de la Fronde, et Corneille se plaît à nous montrer

avec quel art Laodice, telle M<sup>me</sup> de Longueville, sait organiser une insurrection.

Il n'est pas interdit de penser à la révolution d'Angleterre quand on voit

Pertharite , ni de regarder Grimoald comme un autre Cromwell.

Il est certain qu'au temps de la guerre civile le public n'oubliait pas

en entrant au théâtre ce qui se passait dans les rues et les palais de Paris.

Il connaissait d'ailleurs les arguments des mazarinistes et les arguments

des Frondeurs, le recours que l'on pouvait faire au machiavélisme pour

justifier ou pour condamner une politique. Ne disons pas qu'en retrouvant

des anecdotes particulières dans les grandes pièces historiques, Georges

Couton les rétrécit et les éloigne de nous. Il importe au contraire que les

clefs soient bien précises. C'est ainsi seulement que peuvent s'apprécier

l'art et la philosophie de Corneille.

Alain Niderst

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