Le roman de Renart : le reflet critique de la société féodale

Le Roman de Renart est un monument de la littérature du XII<sup>e</sup>
siècle. Cet opus a été le sujet d'études aussi nombreuses que
diverses. Pour la majorité d'entre eux, ces exposés développent des
approches purement philologiques. D'autres travaux ont une
dimension plus transversale mais se limitent uniquement à quelques
branches du «cycle renardien». Ainsi, jamais aucune étude
historique globale n'a été entreprise sur cette oeuvre majeure.
L'essai ici présenté, à défaut d'être exhaustif, se propose de combler
partiellement cette lacune.
Au travers du prisme de la sociologie juridique, le Roman de
Renart sert de toile de fond à une réflexion sur les personnes, les
groupes et les liens tissés entre eux au XII<sup>e</sup> siècle. Renart, seigneur
en constante rébellion, va se trouver confronté à des archétypes
d'individus, des structures et des institutions qui ont réellement
existé à l'époque féodale. Dans une perspective satirique, la société
animale apparaît comme une métaphore de la société humaine ; à ce
titre, la transposition littéraire se doit d'être réaliste, et elle constitue
donc un matériau directement utilisable par l'historien.
Le Roman de Renart nous présente des animaux à l'image de
l'homme ; mais, au fond, ce choix rhétorique ne montre-t-il pas que,
en dépit du christianisme, il subsiste au Moyen Âge un peu de cette
religion primitive selon laquelle les hommes ne sont pas
entièrement détachés de l'animalité ?