De qui, de quoi se moque-t-on ? : rire et dérision à la Renaissance

Dans une Italie secouée par quatre décennies de guerres, puis - la paix revenue -
dominée par des puissances étrangères et une Église contre-réformiste, que deviennent
les ressorts et les finalités du rire ? Quelques éléments de réponse sont apportés, pour ce
qui concerne la guerre, par l'analyse de deux oeuvres majeures de Machiavel ( Le Prince
et La Mandragore ) et par l'examen croisé de textes littéraires et iconographiques issus
d'une culture locale, celle de Ferrare, reposant sur l'héroïsme guerrier. Dans le traité de
Castiglione, pour ce qui concerne la modélisation des comportements sociaux,
l'approche du comique met à jour les tensions que les données conflictuelles du présent
insinuent dans l'élaboration collective de la figure idéale du «parfait courtisan» - que
l'on ne peut que «former en paroles». Mais, lorsque le modèle du Courtisan est exporté
dans un autre contexte, comme à Valence, en Espagne, Luis Milàn fait de la pratique du
burlesque la mise en question des paroles mêmes dont le courtisan se sert pour penser et
composer son image.
Le rire qui, encore dans la première moitié du XVI<sup>e</sup> siècle, pouvait exercer une
fonction critique, en prise directe avec le vécu, et cibler, par le biais de sa perspective
oblique, des objectifs précis, ce rire, en se domestiquant, tend vers la fin du siècle à se
dilater, à devenir multiforme dans le théâtre de Giambattista Della Porta ou dans les
Contes de Giambattista Basile. Dès lors que ces oeuvres, par un pot-pourri d'inventions
linguistiques, phagocytent toutes les autres pour mieux les recréer (comme le dit, dès son
titre, Lo Cunto de li cunti : le récit qui contient et engendre tous les récits), l'éclat de rire,
en s'appliquant à toutes choses, au lieu d'être - comme chez Machiavel - une forme de
résistance contre les aléas de la Fortune, semble exprimer la béance de tout ce qui échappe
à l'homme et le dépasse.
Les travaux d'Anna Fontes Baratto, professeur à l'université de la Sorbonne
Nouvelle-Paris 3, portent sur la littératurenarrative du Moyen Âge et de la Renaissance :
recueils de nouvelles (Boccace, Giovanni Sabadino degli Arienti, Bandello), narration en vers
du poème chevaleresque (l'Arioste), formes brèves de la facétie (L. Domenichi), récit
autobiographique (Cellini).
Après avoir dirigé le CRIRC, elle dirige actuellement le CERLIM (Centre d'Étude et de
Recherche de Littérature Italienne Médiévale.