Mélusine, n° 21. Réalisme, surréalisme

Qui ne connaît par cœur cette phrase de Breton dans Nadja : «Pour moi, je continuerai à habiter ma maison de verre, où l'on peut voir à toute heure qui vient me rendre visite, où tout ce qui est suspendu aux plafonds et aux murs tient comme par enchantement, où je repose la nuit sur un lit de verre aux draps de verre, où qui je suis m'apparaîtra tôt ou tard gravé au diamant.» Ne faudrait-il pas la rapprocher de ce rêve d'une composition «de l'idée si vraie, si nue, qu'elle apparût comme transparente à elle-même, et d'une solidité de diamant dans le cristal de la plume» formulé par Zola (dans une lettre à son ami Valabrègue, en 1864) ?
Emboîtant trop rapidement le pas aux surréalistes, la critique s'est souvent contentée de reprendre leurs griefs contre les Ecoles précédentes, sans voir le projet utopiste qu'elles nourrissaient. Le moment est venu de dire la part du réel dans le surréel, du réalisme dans le surréalisme, et réciproquement.
«Dans son sens premier, le surréalisme est un réalisme qui refuse de s'en tenir aux "réalités sommaires", qui connaît, explore ou projette d'explorer des contrées du réel dont le réalisme vulgaire conteste l'intérêt ou l'existence. En ce sens, surréaliste doit s'entendre comme l'adjectif "surfins" des boîtes de conserve : les petits pois "surfins" sont plus fins que les petits pois dits "fins". Quand un savant et académicien, répondant à une enquête, ramenait l'amour à l'acte sexuel, il faisait preuve de réalisme ; quiconque croit que l'amour existe, au sens que les poètes donnent au mot, est surréaliste.
«Le surréalisme, en continuité avec le sens ci-dessus, "combat pour que l'homme atteigne une connaissance à jamais perfectible de lui-même et de l'univers" (B. Péret). Il propose aux générations successives de tenter la résolution des antinomies contre lesquelles vient butter l'esprit : rêve et réalité, présent et passé, etc.» (Jehan Mayoux, «André Breton et le surréalisme», 15.12.66)
S'inspirant de ces propos éclairants, le présent volume explore donc les différents degrés du réel et du surréel, du réalisme et du surréalisme, leur contradiction aussi, dans la production littéraire et artistique du mouvement, comme, par rétroaction, il montre le surréalisme à l'état germinatif des œuvres précédentes. Une révision décapante et salutaire.
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Info édition
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Contributions : Elza Adamowicz, Carole Aurouet, Cyril Bagros, Guillaume Bridet, Daniel Briolet, Alain Chevrier, Dominique Combe, Aziz Daki, Estrella De la torre, Joseph Fahey, Claude Foucart, Elena Galtsova, Philippe Hamon, Jean-Michel Heimonet, Marie-Christine Lala, Dina Mantcheva, Mady Menier, Marie Laure Missir, Henri Mitterand, Paule Plouvier, Annie Richard, Nadia Sabri, Paolo Scopelliti, Masachika Tani, Maryse Vassevière
Illustration de couverture : dessin de Jean Raine, En vain la Mandragore, 1963, Cliché, V. Leirens, Bruxelles.