Les mythes de fondation et l'Europe : actes du colloque international de Dijon, 18 et 19 novembre 2010

L'Histoire occidentale est jalonnée de mythes de fondation
reprenant le système romain. Selon ce système, le pouvoir
politique est né d'une apothéose : Romulus, roi de Rome disparaît
lors d'un violent orage. Le roi devient du même coup, fils de Dieu
et père de Rome. Cette fondation mythique sera reprise et
développée par Tite-Live ou Virgile. Elle servira d'appui à la légende
troyenne des Romains, mais aussi des Francs. Si les poètes ont
chanté la fondation politique de Rome, le droit - celui des pontifes,
celui des princes, mais aussi le droit coutumier - y a puisé la source
légitimante de son pouvoir coercitif.
Curieusement, l'Europe, qui réclame aujourd'hui davantage
d'intégration juridico-politique, semble ne relever d'aucun mythe de
fondation et donc a fortiori semble échapper au système romain. Il
n'est pas sûr que les poètes, malgré Victor Hugo et d'autres, aient
forgé une mythologie européenne. Mais, comment l'Europe peut-elle,
indépendamment du recours au logos du mythos , accéder à une
véritable existence politique ? Comment peut-elle prendre
conscience d'elle-même et s'imaginer sans utiliser la force
fondatrice du mythe ? Est-il possible qu'elle se contente de donner
plus de place au consentement au nom d'une nécessaire
démocratisation en n'ayant aucun enracinement dans quelques
symboles ou mythes ?
Bien sûr, il ne s'agit pas de tenter de mythologiser l'Europe. Il s'agit
plutôt de revenir aux mythes d'origine pour comprendre comment
se fabrique et se légitime le pouvoir occidental. Nous pourrons alors
espérer mieux comprendre les faiblesses de l'Europe juridicopolitique
d'aujourd'hui et sonder sa fragilité ontologique.