Ecrire dans la langue de l'autre : Assia Djebar et Julia Kristeva

En octobre 2004, Julia Kristeva est devenue la première lauréate du
prix Holberg, un prix reconnaissant les contributions extraordinaires aux
sciences humaines, similaire au prix Nobel. En juin 2005, Assia Djebar
a été élue à l'Académie française : elle est la première femme écrivaine
postcoloniale à y entrer. Cette reconnaissance internationale montre que,
dans la «communauté imaginaire» de la littérature francophone, s'est
produit un changement : la périphérie s'est déplacée vers le centre, au
coeur même de la culture française et occidentale, en s'inscrivant comme
une littérature d'exil.
Irene Ivantcheva-Merjanska démontre comment Kristeva et Djebar,
écrivaines en exil, ont réfléchi et dramatisé leur relation avec l'autre
langue, le français. Dans leurs essais, leurs entretiens et leurs romans,
elles représentent la langue française comme un espace de liberté
sociale et artistique : un outil leur permettant non seulement d'enquêter,
mais aussi de transcender le traumatisme de l'exil, de l'abandon de leurs
langues maternelles et de leurs environnements culturels, pour lesquels
elles ne peuvent cesser d'éprouver de la nostalgie et de souffrir.
Les grandes lignes de lecture proposées sont consacrées à la
problématique complexe de la formation de l'identité à travers l'autre
langue, dans le contexte de notre moncie postcolonial, que Djebar et
Kristeva étudient à la fois dans leurs romans et leurs oeuvres théoriques.