Week-end en couple avec handicap

Les hésitations sans fin, les non-dits des timides et les silences bornés des
trop fiers. La violence des envies, aussi. Racontés à la première personne,
ces treize récits disent, au rythme des saisons ou d'un week-end, une vieille
histoire : celle des désirs qui se croisent et, souvent, se ratent. Le sentiment
se range dans un recueil de poésie, l'amour devient un jour une affaire de
famille, la vengeance d'une maîtresse-femme laisse le naïf à terre,
et des passions enfouies se réveillent, des années plus tard, pour mieux
briser des vies trop bien rangées.
«Elle enlevait ses chaussures.
Elle avait des voûtes plantaires
très cambrées, qui formaient un cercle
quand elle s'asseyait et joignait
les talons. Les ongles de ses orteils
étaient souvent peints d'un bleu
émail. Elle choisissait un disque
que j'aimais bien et écoutait avec moi.
Elle essayait de comprendre comment
je pouvais aimer une musique comme
ça. Quand ma bouteille était vide,
j'allais en chercher une autre à côté
du tas de bois. Elle retournait
sur le lit. Elle s'agenouillait
sur l'édredon. Elle était pressée
mais elle n'était pas pressée.
"Je sais que je t'aurai", m'avait-elle
dit une fois.»
«Elles continuent à discuter. Elles ont
plein de choses à se raconter.
Ah, tiens, en fait, si, la blonde a
un soutien-gorge. Dehors, les premières
enseignes s'allument comme des feux
follets. Un restaurant, un magasin
de produits de beauté, une boutique
spécialisée dans les téléphones portables,
une pâtisserie avec une centaine
de parts de gâteaux exposées en vitrine,
un autre café. La blonde s'étire à
nouveau. Encore plus langoureusement.
Elle me sourit. Son ventre a l'air
velouté. Le soleil commence à plonger
dans la mer. La lumière diminue
à peine. Je ne m'en vais pas. Elles non
plus. Nous restons dans nos canapés.
Nous avons tout notre temps.»