Ces dinosaures politiques qui bouchent l'horizon de l'Afrique : 2003

En cette veille de fin de l'année 2003, ce sont des images tristes et
effrayantes à la fois qui donnent le ton de ce que nous avons été ou de ce que
nous sommes devenus en douze mois : ici c'est la misère totale, là c'est la
guerre, ailleurs c'est la rupture, pendant que plus loin les bombes pleuvent et
que le président des Etats-Unis est obligé de se cacher pour rendre une visite
à ses troupes sur l'aéroport de Bagdad.
Voyons, à Yaoundé, les rues à la veille des fêtes sont tristement vides et
les fonctionnaires campent devant les banques. « Il n'y a pas d'argent »,
entend-on clamer dans les milieux les plus autorisés. Le pays est devenu plus
pauvre, rongé par une des pires formes de mauvaise gouvernance dont on a
vu les ravages au Zaïre de Mobutu, mais cette fois doublée d'une
institutionnalisation du tribalisme qui n'envie rien à la bêtise de «l'ivoirité».
Les détournements ne concernent que des montants en milliards, et la presse
locale, sans être démentie officiellement, évoque des actes récents de cette
nature dont se seraient rendus coupables des membres du gouvernement.
A Conakry, un presque mort-vivant, pris au piège d'un diabète
impitoyable, s'accroche au pouvoir, et ne trouve rien de plus ridicule pour le
faire savoir que de voter sans sortir de sa voiture. Monsieur le général Conté
a tenu à aller jusqu'au bout avec son semblant d'élections, pour faire comme
Eyadéma du Togo, comme Ould Taya de Mauritanie, et comme Ben Ali de
Tunisie. Bandes de vampires assoiffés de privilèges, d'honneurs et de
prestiges, ces autocrates ont utilisé l'année 2003 pour réinstituer des
présidences à vie et s'imposer à leurs peuples pour l'éternité, là où nous
attendions la démocratie.