Sur les cendres, l'espoir

Les mots de Ngea ña Mouen disent les maux, ceux pour lesquels les mots
se perdent dans l'ineffable. Le poète les combine pour que l'indicible
vienne à se dire. C'est à l'encre noire de l'Afrique noire qu'il peint. La
plume de Ngea ña Mouen est d'abord un pinceau qui oublie de faire la
lèche, et, par dessus les tableaux idylliques de l'Afrique, dépose par
touches successives des couleurs dont la convergence finit par mettre en
relief l'inanité d'une situation. Mais cette poésie n'oublie pas d'être
lyrique quand le poète s'habille de tendresse pour aller à la rencontre de
sa belle, l'Afrique. Le lecteur sentira le souffle et cheminera avec les
ombres tutélaires que Ngea ña Mouen a invoquées quand ses mots se
sont envolés vers la liberté, vers cette liberté qu'ont jadis convoquée pour
l'Afrique les Césaire et les Fanon ; celle pour laquelle se sont battus et
sont morts les Toussaint Louverture, Boganda, Um Nyobè, Lumumba,
Sankara, Duala Manga Bell et bien d'autres enfants de l'Afrique.
Ngea ña Mouen nous livre ici un long cri, de ces cris dont la stridence se
module en musique, en harmonies, en rythmes et répétitions pour
dégager l'horizon et rendre possible l'impossible. Ce cri est plongée dans
la douleur, habitation à soi du malheur, puis descente vers les forces telluriques,
remontée vers les hommes ensuite, expansion vers l'absolu
enfin. La plume se fait alors arme chargée à l'encre et crachant
mots-balles, mots-obus, mots-bombes.
( Extrait de la préface d'Emboussi Nyano )