Alternatives Sud, n° 4 (2007). Etat des résistances dans le Sud, 2008 : points de vue du Sud

A de rares exceptions près, l'ensemble des pays du Sud ont connu un
réveil et une dynamisation de leurs sociétés civiles ces vingt dernières
années. L'ouverture, franche ou timide, d'espaces d'expression, les
secousses de la mondialisation, la persistance d'inégalités scandaleuses
ou de discriminations ancestrales cumulent leurs effets et alimentent les
mobilisations. Paysans en faillite ou expulsés de leurs terres, indigènes
historiquement marginalisés, employés dégraissés, couches urbaines
précarisées, intellectuels las de se censurer prennent possession des
espaces publics pour y exposer leurs griefs et leurs revendications.
Bien sûr, l'intensité et la forme de ces mobilisations sont hautement
dépendantes des régions concernées : elles s'assimilent tantôt à une lame
de fond, tantôt à un simple frémissement selon que l'on porte le regard vers
l'Amérique latine, où de larges mouvements populaires ont joué un rôle
de premier plan dans l'avènement de gouvernements progressistes, ou
que l'on scrute le Monde arabe, la Chine ou l'Asie centrale, où des réseaux
fragiles et semi-clandestins s'emploient courageusement à réclamer
le respect des libertés et des droits sociaux de base. Ces mouvements
de la société civile méritent d'être salués, pour constituer un vecteur de
démocratisation politique et sociale de première importance. Pour autant,
leur juste appréhension exige de tenir compte des menaces tant internes
(fractionnements, manque d'ancrage populaire, corporatisme) qu'externes
(répression sous couvert de lutte contre le terrorisme, cooptation sous
couvert de participation) qui pèsent sur leur action.