A l'école du rythme... : utopies communautaires allemandes autour de 1900

Autour de 1900 en Allemagne, «rythme» est un concept à la mode, dont
l'emploi cristallise à la fois les angoisses et les espoirs d'une génération.
L'«arythmie» des individus est présentée par un certain nombre d'auteurs comme
le symptôme d'une civilisation malade, qu'il faut à tout prix sauver du déclin. La
disparition du rythme, constatée dans un grand nombre de disciplines, semble par
ailleurs accuser le triomphe d'une vision matérialiste et «microscopique» du
monde, qui rendrait l'homme aveugle aux miracles du vivant. Parallèlement à ce
diagnostic, le même concept de rythme se retrouve au centre de projets utopiques
fondés sur la gymnastique et la danse, qui visent à retransformer un corps social
«mécanisé» et «disloqué» en une communauté saine et fraternelle. Par-delà les
conflits de terminologie et de méthode qui opposent les différents représentants du
«mouvement du rythme», cette étude tente d'éclairer les motivations de ce
discours ainsi que les causes de son succès, tout en le replaçant dans le contexte
historique, social et culturel qui lui a donné naissance.