La déesse et l'esclave : sagesse tantrique et pauvreté perdue des fakir du Bengale

Dans le monde indien, le Féminin est au coeur des tantrismes, et par excellence
d'un tantrisme humaniste du petit peuple comme celui des Fakir, ou
«Baul musulmans». Dans le peuple paysan de l'indianité, le Féminin était la
déesse du riz, de la prospérité, et le féminin y est devenu, en contexte de mal-développement,
le sexe de la pauvreté. Dans le monde indien, le féminin est
la Déesse, au coeur du spirituel comme de l'économique, que dans une indianité
pseudo-moderne, la religion de l'argent tourne en esclave.
La profondeur de la culture indienne du F/féminin tient à une culture de
la Mère, informant le sacrifice de soi des deux sexes, et le fond religieux-éthique-concret
de l'existence de tous, et qui aujourd'hui dérive pour privilégier
les droits démesurés du masculin.
La voie des Fakir fut une économie du désir orientée sur un chemin de
digne autonomie des petites gens, pour le sens de la Vie loin des pouvoirs
orthodoxes, et le sens spirituel non dissocié du matériel. Ce livre est un témoignage
de cette indépendance enracinée, dans la Nature, les corps, le désir et le
sens du devoir qui font accéder à la Joie divine-humaine ; il témoigne aussi du
déclin de cette tradition dans les leurres du «développement», et offre une lecture
«par en bas», par la sagesse ésotérique du terroir Féminin, d'un maldéveloppement
qui fait la ruine du sens de la vie des petites gens, ruine de l'esprit
et du sol, ruine de culture et de Nature, crise religieuse de l'indianité. La crise
du F/féminin se lit en dimensions multiples, et pose des questions d'humanité
pertinentes au-delà du monde indien.