Elle

Elle
« Elle refoulait, la présence de son fils pour avancer, continuer, tout autant qu'elle l'aurait voulu contre elle. Avec simplicité et courage, ce qu'autorise ce qui est valable. Secrètement, disposer, compter, pardonner, c'eût été possible. Au-delà du comptoir, la salle apprêtée, elle remarquerait une place encore vide, un seul visage, celui de son bien-aimé, son enfant à ne pas nommer, mais un mot unique à dire, tel un discours qu'elle ne connaîtrait pas, et le prononcer comme on n'en finirait plus de le proclamer. Pour qu'il soit condamnation d'avoir été, immanquablement, de manière inacceptable, par inutilité de l'acte d'amour, et recommencement, purification, départ sans lui. A-t-il vraiment vécu ? Qu'aurait-il pu en être différemment ? Questionner et ne rien obtenir en retour, c'est un rêve qu'elle n'aurait jamais voulu être le sien. »
Ces pages évoquent la mémoire d'une femme dont l'existence fut marquée par la mort prématurée de son jeune fils. Une existence devenue acte de réparation que l'auteur ré-invente, re-suscite fidèlement.
Quand le voile des souvenirs se déchire, ou plutôt, comme ici, quand le vécu et l'imaginaire se fondent, l'image d'un moment se cristallise, qu'il faut saisir, analyser au plus près avant qu'elle ne s'estompe, qu'une autre ne se superpose à elle, sans lien apparemment logique, comme se succèdent les séquences d'un rêve éveillé.
De cette femme qu'anime une énergie vitale, il est peu donné à voir. Dès lors est démonté - ou imaginé - le déroulement immédiat de la pensée active, dont les rouages, les prolongements sont exposés avec acuité et exigence : sans rien négliger ni épargner.