Poétique, n° 178

Peut-on inventer en littérature ? Et qu'invente-t-on précisément ? Si ces
questions, posées en regard de ce qui s'est produit à la même époque
dans les sciences ou les techniques, ne cessent d'être désavouées
dans leur pertinence par les inventeurs eux-mêmes, probablement
au nom d'une conception magique ou sacrée du littéraire, elles
participent néanmoins d'une esthétique nouvelle qui se met en place
au XIX<sup>e</sup> siècle. En effet, une théorie et une pratique de l'invention
littéraire - et pas simplement de l'inventivité - apparaissent bel et
bien, qui dépassent les dogmes anciens de l'imitation et de l'imagination
comme principes organisateurs de la production artistique.
Comme dans les sciences naturelles et les arts et métiers, on se met
à inventer en littérature et à penser l'invention. On invente ainsi des
cadres nouveaux - genres, formes ou techniques - qui se réclament
d'un certain «progrès» de l'activité littéraire. En nous faisant assister
à la naissance du poème en prose, du vers libre, du monologue
intérieur, du calligramme et de l'écriture automatique, le présent
essai cherche à comprendre les raisons pour lesquelles ces inventions
deviennent les emblèmes des mouvements littéraires de la fin
du romantisme à la naissance du surréalisme, mais également ce
qui les relie et les sépare.