Tradition orale et esthétique romanesque : aux sources de l'imaginaire de Kourouma : Les soleils des indépendances (1968), Monnè, ouvrages et défis (1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (1998)

Tradition orale et esthétique romanesque : aux sources de l'imaginaire de kourouma
Que les romans de Kourouma puisent largement aux sources de la riche tradition orale du terroir malinké qui l'a vu naître, des récits épiques aux chants de chasseurs, est tenu pour acquis depuis longtemps. Or, cette filiation ne va pas de soi, qui en passe par une double transposition : générique, quand ce corpus oral se reverse à l'écrit, mais aussi linguistique, puisque ces romans délaissent l'expression autochtone pour emprunter à un code qui n'a rien de neutre en faisant le choix du français, langue du colonisateur.
Ce livre part du principe qu'il y a lieu d'interroger ce réinvestissement et qu'il importe de le soustraire à toute interprétation réductrice en termes d'imitation servile ou de couleur locale. Bien plutôt, il postule qu'à l'heure où se lèvent les soleils des indépendances , la langue s'affiche comme un enjeu majeur dans la recomposition identitaire qui travaille une Afrique juridiquement affranchie mais qu'il s'agit maintenant de soustraire à la dépendance culturelle.
Que Kourouma coule son hymne à la culture malinké dans les canons du romanesque à l'occidentale dit assez en quels termes problématiques il convient de comprendre les modalités de cette émancipation plus métissée qu'il n'y paraît et combien sont encombrées les voies d'une acculturation qu'il faut entendre à double sens. Il y a là l'espace d'une revanche, qui pourrait bien expliquer aussi le caractère jubilatoire de la poétique kouroumienne.