Le funéraire : mémoire, protocoles, monuments

Tout n'a-t-il pas déjà été dit sur le funéraire ?
En réunissant archéologues, anthropologues et historiens autour de cette
question, les actes du 11<sup>e</sup> colloque annuel de la MAE entendent montrer
que, bien au contraire, ce lieu commun de la recherche en sciences
humaines mérite d'être revisité.
Du traitement ambigu du cadavre des souverains incas, que ses sujets
continuent de traiter comme s'il était vivant, aux pratiques incertaines
qui entourent les nourrissons morts dans les hôpitaux français, des
sépultures monumentales de l'âge du Fer crétois aux tombes soignées
mais anonymes des chrétiens de l'Éthiopie médiévale et moderne, du
déménagement forcé des sanctuaires ancestraux chinois dans la mégalopole
de Shenzhen aux sépultures mayas découvertes au coeur des maisons,
les études de cas rassemblées dans ce livre invitent à une nouvelle
réflexion sur ce qui peut constituer la place des morts dans les sociétés
humaines du passé et du présent.
Il semble que cette place n'est pas aussi fixe, certaine et univoque que
les travaux classiques sur le funéraire avaient pu le laisser croire. Au fil
des contributions, le lecteur constatera qu'elle est plutôt l'objet d'incertitudes
récurrentes et de négociations, qu'elle n'est pas nécessairement
associée à une sépulture visible ou à une volonté univoque de souvenir
et, surtout, que les morts circulent bien davantage, et souvent bien plus
vite, qu'on ne le pense.