Le Geste essentiel

Comment Nadine Gordimer, qui vivait - "une Bovary en herbe" - dans la petite bourgeoisie d'une ville minière du Transvaal, a-t-elle fait pour passer de l'autre côté des terrils et découvrir la réalité, ce qui deviendra en 1948 l'apartheid ?
Par "le biais de la spéléologie du doute, avec Kafka pour guide plutôt que Marx", répond Nadine Gordimer.
Pour elle, au commencement étaient les livres : la lecture, puis très tôt l'écriture.
Si la littérature l'a menée de plus en plus loin en politique, c'est d'abord parce que la romancière en elle a été fascinée par certains militants hors du commun, tels Albert Luthuli et Bram Fischer, et que la censure a porté atteinte à sa liberté d'écrivain.
Dès lors une double question, d'une immense difficulté, a dominé la quête de Nadine Gordimer : quelle place les Blancs d'une part, les écrivains d'autre part, peuvent-ils avoir dans le combat contre l'apartheid en Afrique du Sud ?
Cette fois, c'est chez Roland Barthes qu'elle a trouvé la meilleure réponse : "La langue de l'écrivain... est le lieu géométrique de tout ce qu'il ne pourrait pas dire sans perdre, tel Orphée se retournant, la stable signification de sa démarche et le geste essentiel de sa sociabilité."
Ce recueil d'essais trace l'itinéraire exceptionnel d'une femme écrivain, africaine et blanche, dans un pays où "le colonialisme du XIX siècle..., parvenu à son expression la plus aboutie, trouve son épilogue".