Alexandrie, histoire d'un mythe

Alexandrie : le simple nom de la ville fondée par Alexandre le Grand suffit
à faire surgir un tourbillon d'images évocatrices. Monuments célèbres
(le tombeau d'Alexandre, le Phare, la Bibliothèque), figures illustres du
monde gréco-romain (Jules César, Marc Antoine, Cléopâtre), conquérants
de l'âge moderne (Bonaparte, Mehemet Ali), poètes et écrivains de l'époque
cosmopolite (Cavafis, Durrell) ont éclairé tour à tour l'histoire de cette
ville. Cet étonnant cortège témoigne du rôle qu'a joué, pendant plus de
deux mille ans, la cité des Ptolémées.
Première métropole du monde méditerranéen dans la période hellénistique,
rivale de Rome à l'époque impériale, Alexandrie domine les chroniques de
l'Antiquité. Plate-forme commerciale du Levant après la conquête arabe,
porte d'entrée en Égypte sous l'Empire ottoman, Alexandrie se trouve
encore, à l'époque moderne et contemporaine, au coeur des relations entre
Orient et Occident : c'est devant ses murs que débarquent, en 1798, les
soldats de l'expédition d'Égypte menée par Bonaparte.
Mais l'histoire millénaire d'Alexandrie compte au moins autant pour
elle-même que pour les prolongements érudits ou rêveurs qu'elle a pu
susciter : depuis l'Antiquité, historiens et poètes ont cultivé sa mémoire
et façonné son image. «Cité d'or» selon le grammairien grec Athénée,
«première du monde» pour l'historien Diodore de Sicile, la ville de la
Bibliothèque et du Phare s'est inscrite à jamais dans notre imaginaire. Lieu
de tous les savoirs, creuset des sagesses antiques et des grandes religions,
Alexandrie n'a cessé d'alimenter les utopies. C'est là, précisément, l'objet de
cet ouvrage : la somme des récits, des témoignages ou des contes par lesquels
s'est formé, aux confins de l'histoire et du songe, le mythe d'Alexandrie.