Une enfance douarnéniste : Marie-Josèphe, la Grande Royale

La première fois que je l'ai croisée dans une rue de
Douarnenez, c'était dans les années 1980. Elle portait
un turban. Son port de tête et son maintien étaient
si majestueux qu'instinctivement elle m'a rappelé un
personnage de roman, «La Grande Royale», dans
L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane.
Au fil des années et des rencontres, la première
impression s'est confirmée. Du personnage, Marie-Josèphe
avait tous les caractères : l'art et le plaisir
de raconter, l'amour du beau geste et de la mise en
scène, la générosité et l'ouverture aux autres. Si l'on
ajoute l'optimisme et la vitalité, une vitalité débordante,
on comprendra qu'elle laissait peu de gens
indifférents.
À l'époque où commence son histoire, Marie-Josèphe
a cinq ans. C'était dans les années 1920, quand
Douarnenez vivait de la pêche et de la conserverie.
C'est à la filature Beleguic que travailla celle qui
nous conte ici son enfance. Elle y entra en 1929
comme apprentie, à l'âge de treize ans.