Les collectivités d'Aragon : Espagne 36-39

Félix Carrasquer (1905-1993), fit
savoir très tôt son peu de goût
pour la soumission. Entré à l'école en
sachant déjà lire, à six ans, il se refusa
à supporter la discipline étouffante de
l'institution scolaire et se chargea lui-même
de son éducation. À 14 ans
ayant quitté son village d'Albalate de
Cinca pour Barcelone, il y poursuit
son apprentissage intellectuel et se
sent vite attiré par l'anarchisme, à une
époque où les hommes d'action de la
CNT s'opposent les armes à la main,
aux pistoleros à la solde du patronat.
Après avoir découvert les travaux
des rénovateurs de la pédagogie, il
fonde une école du soir et une bibliothèque
à son retour, en 1927, dans son
village natal. Une fois instaurée la
Seconde République, il contribue,
avec quelques autres, à faire
d'Albalate une des places fortes de la
CNT. L'échec de la tentative insurrectionnelle
de fin 1933, lancée en réponse
à l'accession de la droite au pouvoir,
le contraint à chercher refuge à
Lérida. En 1935, alors qu'il vient de
perdre la vue, il fonde, avec ses frères
Francisco et José, l'école Eliseo Reclus
dans le quartier de Las Corts, à
Barcelone, où on met en pratique les
principes d'une pédagogie libertaire.
Le déclenchement de la guerre civile
le ramène à nouveau à Albalate de
Cinca, où il participe à l'expérience
des collectivisations paysannes et crée
l'École de militants de Monzón, à
laquelle il consacrera le livre, La escuela
de militantes (1978) et de multiples
pages du présent ouvrage.
Après la défaite, Félix Carrasquer
connaît les camps d'exil d'Argelès et
du Vernet d'Ariège, dont il s'évade en
1943. Rentré clandestinement en
Espagne en tant que membre du
comité régional de la CNT de
Catalogne, il est arrêté une première
fois en 1944, puis à nouveau en 1947.
Condamné à vingt-cinq ans de prison,
il est libéré au bout de douze ans et
s'installe en France. À la mort de
Franco, il prend part à la reconstruction
de la CNT. Il se fixe définitivement
à Barcelone en 1980, où il résidera
jusqu'à sa mort, en 1993, toujours
fidèle aux idéaux qu'il avait fait siens
quelque soixante-dix ans auparavant.
Hormis le livre cité plus haut, il
laisse plusieurs brochures et quelques
livres sur les expériences auxquelles il
participa. Dans d'autres ouvrages,
dont Marxismo o autogestión, il aborde
des questions plus doctrinales. Il est
également l'auteur de Flor de loto
(contes pour enfants) et d'une pièce
de théâtre, El triunfo de la pandilla.
Las Colectividades de Aragón , dont
nous sommes heureux de publier la
version française, est un témoignage
de première main sur les réalisations
des collectivités créées par les paysans
d'Aragon ; c'est un complément indispensable
au livre de Frank Mintz,
l'Autogestion dans l'Espagne révolutionnaire
et à celui de Gaston Leval,
l'Espagne libertaire.