Le Prix d'un taxi

- Et c'était quoi, votre commerce, madame Tricot ? s'enquit Debu.
- Les objets du culte, mon bon monsieur.
- Les trucs pour les églises ?
- Comme vous dites, et croyez-moi, nous en avions en boutique des encensoirs, des ostensoirs, des bougeoirs, des aspersoirs, et même des ciboires, mais à la fin ça a été la consternation.
- Pourquoi la consternation ? interrogea Gavache.
- Il faudrait que je vous explique le changement de mentalité après la réforme de Vatican II. Aujourd'hui, les prêtres s'en foutent, vous comprenez, ils n'achètent plus rien. Pour vous dire, ils se servent d'une corbeille en osier au lieu d'une patène, et le port de la chasuble, qui est pourtant obligatoire, beaucoup n'en portent plus. Ainsi, la pièce qui se vendait le mieux, je parle de l'ostensoir, elle est remplacée par un simple présentoir d'hosties fait en n'importe quoi... vous vous rendez compte ! Pour nous c'était la fin. Et la même chose pour le calice ! Vous savez, là où on consacre le vin de l'eucharistie. Avant, ils utilisaient un calice en or ou bien en argent, mais toujours doré à l'intérieur, aujourd'hui, ils se servent d'une simple coupe en métal.
- Je vois, dit Gavache, encore une preuve des temps que nous traversons.
- Je dois vous dire, enchaîna Eugénie Tricot, que les fabricants, eux, il leur reste la location pour les théâtres et surtout pour le cinéma... mais ça, c'était pas pour nous qui n'étions que revendeurs.
- Aujourd'hui, c'est le règne de la camelote, conclut Debu, c'est pas comme notre Sophie, hein monsieur Gavache !
- Sophie ? s'informa Eugénie Tricot.
- Oh rien, un truc à nous.