Genre humain (Le), n° 53. Jean-Pierre Vernant : dedans-dehors

À l'automne 1981 paraît le premier volume du Genre humain :
La Science face au racisme. Aux côtés de Jean Bernard, François
Jacob, Jacques Le Goff et Léon Poliakov, on trouve au «Comité»
de la revue Jean-Pierre Vernant.
Au printemps 1991, Le Religieux dans le politique s'ouvre sur
un texte de Vernant qui écrit :
«La science, la raison, l'universel, par définition en quelque
sorte, n'ont rien à dire à l'individu, en particulier sur la question
du sens. La science peut s'exprimer sur la question des faits, sur la
question des causes, mais pas sur celle du sens. [...] Aujourd'hui,
c'est en tendant vers une sagesse non religieuse - à la manière
des Antiques sans doute, on ne se refait pas... - que je chercherais
un début de réponse à cette question du sens. Le sens
que nous donnons à notre existence, à nos amitiés, à notre façon
de penser. Je dis : que nous donnons, car, en eux-mêmes, ni le
monde ni la vie n'ont de sens. Et ce sens aussi qui vient de ce que,
à regarder les choses en essayant de s'en distancier, on acquiert
peut-être une forme de sagesse - que chacun met où il le veut,
où il le peut, la question étant éminemment personnelle. Et cette
sagesse-là jette sur la religion un regard qui tend à se rapprocher
de celui de Spinoza : on regarde, on observe, on cherche, on se
demande pourquoi c'est comme cela et ce que cela veut dire.»
Un jour où je tentais de comprendre ce qui l'unissait à tant
d'amis différents, de générations diverses, venant d'horizons
professionnels et d'univers quelquefois éloignés, Jean-Pierre
Vernant a eu cette réponse simple, qui tenait en un seul mot :
«l'insoumission».
Maurice Olender