Force, pulsion, désir : une autre philosophie de la psychanalyse

Qu'est-ce qui, chez l'homme, retient ou empêche la fuite en avant
d'une pulsion spécifique ? Une autre pulsion complémentaire ou
antagoniste ? L'instance subjective d'un moi se pliant aux
commandements du surmoi ? L'ordre du corps vivant, de la raison ou du
signifiant ? Ou est-il pensable qu'une pulsion humaine se gouverne elle-même
en canalisant son énergie excessive et en veillant à sa transformation ou à sa
sublimation plutôt que de se livrer à l'ivresse d'une répétition stérile ?
Ce livre aborde ces questions en envisageant les pulsions humaines, en amont,
depuis leur ancrage dans les forces de la nature ou les instincts animaux et, en
aval, en vue de leur prolongement en désirs symboliquement structurés. Dans
une telle perspective, le questionnement psychanalytique de Freud et
de Lacan rencontre tout naturellement les interrogations d'une philosophie
de la nature, de la vie et de la culture. Inversement, une réhabilitation de
l'énergétique psychanalytique favorise la redécouverte d'une pensée
philosophique, pour laquelle la dynamique des forces virtuelles prime sur la
présence de substances statiques, et pour laquelle aucun acte effectif n'efface sa
dette vis-à-vis d'un pouvoir-être retenu ou d'un manque d'être. De cette
métaphysique dont le livre suit le cheminement d'Aristote à Husserl en
passant par Leibniz et Schopenhauer, Nietzsche et la psychanalyse marquent
aussi les limites, en projetant sur elle l'ombre du nihilisme des pulsions de
mort. Au croisement des deux approches de la pulsion se dresse, à nouveau
mais autrement, la question de la subjectivité.